Premier collège bilingue en langue des signes : Massy
Nous vous partageons un article intéressant sur un établissement scolaire bilingue. Massy premier collège bilingue LSF. A Massy, le collège Blaise Pascal accueille depuis un an une classe bilingue en langue des signes française (LSF). Quatre élèves sourds de 6ème ont ainsi pu suivre les cours aux côtés d’élèves entendants grâce à la présence d’une co-enseignante en LSF. Ils rentrent cette année en 5ème. Une première dans l’académie de Versailles.
À Massy, l’ouverture d’un collège bilingue en langue des signes française marque une étape importante pour la scolarisation des élèves sourds. Le collège Blaise Pascal accueille en effet une classe bilingue LSF / français écrit intégrée au Pôle d’enseignement pour les jeunes sourds (PEJS), un dispositif qui permet aux élèves sourds de suivre les mêmes programmes que leurs camarades, mais dans leur langue première. Pour les familles, c’est une avancée concrète en matière d’accessibilité et d’inclusion, dans un cadre public.

Comme près de 65 000 collégiens essonniens, Guénolée, Dita, Karim et Léo, de jeunes étudiants sourds, vont reprendre le chemin des cours dans quelques jours. Ils sont en inclusion dans une classe mêlant élèves entendants et élèves sourds au collège Blaise Pascal de Massy. Cet établissement est en effet le seul de l’académie de Versailles, à ce jour, à avoir mis en place depuis 2021 un Pôle d’enseignement des jeunes sourds (PEJS) pour le secondaire. Une spécificité rendue possible par la présence quotidienne d’une co-enseignante en langue des signes française (LSF), Anne-Barbara Vasseur.
Les habituer aux conditions de la vie en société
« J’ai été formée à la LSF et j’avais déjà travaillé avec des élèves sourds en primaire, à l’école Emilie du Chatelet notamment, où étaient scolarisés auparavant trois des adolescents, raconte cette professeure des écoles. L’idée est d’inclure ces élèves à une classe ordinaire pour les habituer aux conditions de la vie en société. Ici, ils sont à la fois avec leurs pairs et avec des élèves entendants. » Les élèves ont d’ailleurs pu être initiés à la LSF cette année.
Mais pourquoi à Massy ? Ce choix de l’académie de Versailles est loin d’être un hasard. A l’origine du projet, il y a l’association massicoise Les Yeux Pour Entendre qui s’est battue pendant des années pour l’accès des personnes sourdes à l’enseignement ordinaire et qui a contribué à mettre en place les prémices de l’enseignement bilingue en primaire. Mais il manque encore beaucoup d’enseignants bilingues LSF pour que ce type de classes se développe.
« J’essaye d’adapter les activités à leur handicap »
Anne-Barbara, l’une des rares à exercer ce métier, suit ses quatre élèves de cours en cours pour traduire, en direct, les instructions données par les professeurs des différentes matières. En français par exemple, l’heure est à la théâtralisation des principaux passages de l’Odyssée. « J’essaye d’adapter les activités à leur handicap, avec des mimes par exemple », explique Diane Lagisquet, professeure de français.
Karim veut jouer Ulysse et Guénolée le Cyclop mais elle s’interroge en signant : « On peut peut-être faire quelque chose de drôle à partir de l’histoire classique, on pourrait jouer le bateau aussi ? » traduit Anne-Barbara dans un sourire, avant de nous confier : « Les élèves sourds ont des difficultés dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture car ils n’ont pas accès au sens par les sons, comme nous. Il faut qu’ils associent un mot à un signe, ce qui est beaucoup plus long. Mais à côté de cela, leur cerveau fonctionne tout à fait normalement et leur niveau scolaire général est dans la moyenne. Ils auront plus de facilité en revanche pour dessiner et imaginer. »
Une équipe pédagogique engagée
Les exercices et les évaluations sont donc les mêmes que pour les autres élèves, avec quelques adaptations : la consigne doit être formulée simplement, en une phrase, les QCM sont nombreux et un temps supplémentaire peut leur être accordé pour la rédaction. Mais les apprentissages, eux, ne changent pas. Aujourd’hui en maths par exemple, la classe travaille sur les unités de volume. « C’est bon, ils ont compris ? » s’enquiert le professeur une fois ses propos rendus accessibles par la co-enseignante, avant de poursuivre la leçon.
« L’équipe pédagogique est très engagée et a été dès le début partie prenante du projet, souligne Aïda Logan, chargée de mission pour la déficience sensorielle pour l’Académie, qui assistait aux cours. C’est une des raisons pour laquelle ce collège a été choisi. » La réflexion est engagée pour la continuité du parcours bilingue du PEJS au lycée sur la commune de Massy pour que ces élèves puissent poursuivre toute leur scolarité dans les mêmes conditions d’enseignement. « Après un an, le bilan est très positif », apprécie Anne-Barbara. Cette année, une nouvelle enseignante continuera à les accompagner et à traduire, de cours en cours.
Le principe d’un collège bilingue LSF est simple en théorie, mais très structuré dans la pratique. La langue des signes française est à la fois langue d’enseignement et langue enseignée, ce qui signifie que les cours de mathématiques, d’histoire-géographie ou de sciences peuvent être dispensés directement en LSF, tout en travaillant en parallèle le français écrit. L’objectif est que les élèves sourds construisent des bases solides dans les deux langues, afin de poursuivre leur scolarité dans de bonnes conditions et d’accéder aux mêmes diplômes que les autres.
Au sein du PEJS, les enseignants respectent les programmes officiels de l’Éducation nationale, mais adaptent leur pédagogie aux besoins des élèves sourds. Les cours s’appuient sur de nombreux supports visuels, des explications signées, des activités différenciées et des moments spécifiques pour travailler le français écrit, qui est une langue seconde pour ces élèves. Cette approche permet de sécuriser les apprentissages tout en tenant compte du fait que la communication orale n’est pas le canal principal.
Dans ce collège de Massy, la dimension inclusive est également très présente. Les élèves sourds ne sont pas enfermés dans une classe à part, mais participent à des activités partagées avec les élèves entendants : arts, chorale, sport, projets communs, voire certaines matières selon les niveaux. Des interprètes en LSF peuvent intervenir si nécessaire pour faciliter les échanges entre les différents groupes. Cette organisation permet à tous les élèves de se croiser, de travailler ensemble et de découvrir la langue des signes au quotidien.
Pour les élèves entendants du collège, la présence d’une classe bilingue LSF représente une vraie opportunité d’ouverture. Certains peuvent apprendre la LSF pour communiquer avec leurs camarades sourds, participer à des projets autour de la langue des signes et découvrir la culture sourde, souvent méconnue. Au-delà de l’aspect linguistique, c’est un apprentissage de la différence, du respect et de la coopération, qui correspond pleinement aux objectifs d’une école plus inclusive.
Pour les familles d’enfants sourds, l’existence de ce collège bilingue à Massy change beaucoup de choses. Au lieu de devoir choisir entre une inclusion isolée en classe ordinaire, parfois épuisante, et un établissement spécialisé loin du domicile, elles disposent d’un compromis où la LSF est valorisée, tout en restant dans le cadre de l’école publique. Le dispositif PEJS permet un accompagnement adapté, avec des enseignants formés et une cohérence pédagogique du primaire au collège.
Cette continuité est importante, car un parcours bilingue LSF commence souvent dès l’école élémentaire, avec des classes bilingues où les élèves sourds suivent déjà les apprentissages en langue des signes. Le collège bilingue de Massy s’inscrit dans cette logique : il offre la suite du parcours pour des élèves qui ont déjà évolué dans un environnement LSF au primaire. Ils peuvent ainsi retrouver des repères, une langue d’enseignement qu’ils maîtrisent et une équipe déjà sensibilisée à leurs besoins.
Pour les parents qui découvrent la question de la scolarisation des jeunes sourds, il est utile de rappeler que l’Éducation nationale reconnaît plusieurs modes de communication possibles. Le parcours bilingue LSF / français écrit est l’un de ces choix, pensé pour des élèves dont la LSF est la langue première et qui construisent progressivement leurs compétences en français via l’écrit. D’autres familles se tournent vers des parcours majoritairement oralisants, mais la création d’un collège bilingue comme celui de Massy vient rééquilibrer l’offre pour celles qui souhaitent placer la LSF au cœur de la scolarité.
Le projet de Massy montre aussi qu’un collège bilingue LSF n’est pas seulement une réponse technique à un handicap, mais un véritable projet d’établissement. Il implique le département, l’académie, les équipes pédagogiques, les associations de parents et le réseau spécialisé autour des jeunes sourds. Mettre en place ce type de dispositif suppose de former des enseignants, d’intégrer la LSF dans le projet éducatif, d’organiser les emplois du temps en tenant compte des besoins spécifiques des élèves et d’aménager parfois les locaux pour une meilleure visibilité et compréhension.
Enfin, le premier collège bilingue LSF de Massy peut être présenté comme un exemple inspirant pour d’autres territoires. Il illustre comment une collectivité et une équipe éducative peuvent transformer un établissement en lieu d’inclusion réelle, où la langue des signes trouve sa place à côté du français écrit. Pour les parents qui te lisent, c’est un signal positif : des solutions existent, et des projets ambitieux se développent pour que les élèves sourds ne soient plus seulement « intégrés », mais pleinement accueillis et reconnus à l’école.
Bonne journée,

